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ALTERNATIBA Bayonne 6-7 octobre – réflexions

Par 12 octobre 2018 2 Comments

Climat vs. aviation – production pétrolière en hausse

En même temps que sort le rapport spécial du GIEC sur le réchauffement climatique de 1,5°, accablant, l’OPEP annonce une augmentation de la production de pétrole d’ici 2023 pour assouvir les « besoins » de l’aviation. Ce secteur, en plein essor et sans contrainte, est déjà à l’origine de 2,5% des émissions de CO2 de la planète et près de 5% du réchauffement. En 2017 il y avait environ 500 projets d’expansion ou de construction d’aéroports de par le monde ; l’Inde et la Chine veulent « démocratiser » l’avion. Selon l’OPEP, l’augmentation de la consommation de pétrole du secteur va largement annuler les réductions dues à l’introduction des voitures électriques.

Comment s’en tenir à <1.5°?

Face à l’impuissance de nos élus devant les demandes des grandes lobbys industrielles, et il leur refus de voir la signifiance d’événements extrêmes comme la sécheresse, la canicule ou la fonte des glaciers, que faire pour éviter une hausse de température globale de plus d’1.5°, le niveau maximum sûr, selon les scientifiques ?

Changeons le système, pas le climat !

Alternatiba montre le chemin

J’étais à Bayonne les 6-7 octobre avec 14’999 autres, pour fêter le cinquième anniversaire de ce mouvement qui ne cesse de grandir.

Alternatiba, c’est une équipe de pas plus de 5 salarié-e-s qui travaille toute l’année pour tout préparer ; et 1’150 bénévoles sur place pour réaliser la fête à Bayonne. Sans compter les bénévoles dans 200 villes et villages à travers la France et en Belgique, l’Allemagne et la Suisse – dont Genève en mi-août – qui organisent des fêtes d’accueil du « Tour Alternatiba » à vélo : celui-ci a cette année parcouru 5’800 km depuis le mois de juin, faisant escale chaque midi et soir pour disséminer le message de la destruction du système climatique et ses conséquences, et culminant en la grande entrée à Bayonne le 6 octobre, un moment très fort.

En parallèle de la grande fête ce weekend, des dizaines de conférences de très haut niveau, qui ont attiré 6’000 participants.

 

 

Bref, un travail d’envergure mené par des jeunes « debout et déterminé-e-s pour le climat », et qui font preuve d’un sérieux admirable dans l’organisation mais également d’une joie illimitée dans la réalisation.

Et les alternatives, concrètement ?

Le 20 septembre, l’ONG fondatrice d’Alternatiba – Bizimugi, de Bayonne – a publié un ouvrage, «Burujabe» (gentiment mis à disposition par Bizimugi: à télécharger ici) qui nous encourage à aller de l’avant au niveau local, sans attendre les instances nationales, qui ne sont clairement pas à la hauteur des défis actuels. Burujabe en basque veut dire quelque chose comme « souveraineté » : non pas dans le sens d’un repli sur soi égoïste et irréaliste, mais dans le sens d’une reprise de possession de nos vies. « Face à la globalisation capitaliste détruisant tout sur son passage, nous voulons remettre les pieds sur notre territoire, seule approche capable selon nous de répondre efficacement aux grands enjeux planétaires de notre siècle. »

Pensée locale, action globale

Même si cet ouvrage est ancré dans, et dirigé vers, le Pays Basque, les principes et les pratiques y décrits sont valables pour tout territoire identifiable en-dessous du niveau national. Il est rassurant de noter que plusieurs des solutions proposées sont déjà en place dans notre région : agriculture de proximité, coopératives d’habitation, maîtrise de la consommation de l’énergie, incitation au recyclage, monnaie locale, etc. Toutefois, pour l’instant trop de ces initiatives s’inscrivent dans le cadre de l’économie linéaire alors que, pour sortir de notre impasse, il faut instaurer l’économie circulaire basée sur les circuits courts locaux et plus intensives en travail, donc créatrice d’emplois. Pour cela il faut l’appui de nos autorités locales.

Création d’emplois

Un secteur de traitement des déchets qui visait le vrai recyclage, par exemple, créerait, selon les auteurs, 11 emplois équivalents temps pleins (ETP) par 10’000 tonnes si ces déchets sont triés, et 50 ETP s’ils sont démantelés, contre 1 ETP pour la mise en décharge ou 3-4 pour l’incinération ou la méthanisation. Néanmoins, à terme le but doit être d’éviter les déchets.

En même temps, quand on sait que, pour chaque emploi créé par l’implantation d’une grande surface, 1,64 emplois disparaissent du commerce local de petite et moyenne taille, il devient évident que les autorités locales doivent bloquer toute nouvelle demande d’implantation de telles structures.

Dépiter les contraintes du « marché libre »

La commande publique peut aussi contribuer à encourager les circuits courts de proximité. Il est malheureusement interdit – en vertu de nos engagements internationaux par rapport aux soi-disant « commerce libre » – de stipuler qu’un service doit être pourvu au niveau local, mais le cahier de charges peut être rédigé de manière à favoriser les fournisseurs locaux. Les critères tels que protection de l’environnement, aspects sociaux, fabrications fermières et délai entre cueillette et livraison, par exemple, peuvent renforcer les liens entre une municipalité et les sous-traitants présents sur son territoire, de même que l’inclusion de clauses pédagogiques (visites de ferme ou d’entreprise).

Monnaies locales

Enfin, la promotion officielle du léman, notre monnaie locale genvoise, aiderait à renforcer le tissu local en créant non seulement des liens entre utilisateurs mais aussi, encore une fois, des emplois, et en retirant cet argent du système spéculatif en faveur de l’économie réelle. Il serait aussi possible, comme au Pays Basque, de soutenir la vie associative en transférant un pourcentage des revenus d’achats en léman vers les associations locales. Pendant les fêtes à Bayonne nous avons vu le nombre d’euskos – monnaie locale basque – en circulation dépasser pour la première fois la barrière d’un million.

Feuille de route

Burujabe donne beaucoup d’autres tuyaux, entre autres la participation citoyenne dans la transition énergétique ou la réduction de la place de la publicité, à l’instar de Grenoble (dont le maire Eric Piolle était un des conférenciers à Bayonne). C’est une feuille de route pour l‘action locale et la pression sur nos autorités pour changer de cap.

Repenser l’économie

Comme cadre général je recommanderais le modèle proposé par l’économiste anglaise Kate Raworth, la doughnut economy ou économie « bagel ». Dans son livre «7 ways to think like a 21st-century economist » (Sept manières de penser comme un-e économiste du 21ème siècle), elle démantèle le primitif modèle abstrait qui a servi de base des décisions désastreuses des dernières décennies et qui nous a amenés à cette situation d’urgence, et en propose un plus moderne, qui prend en compte les vrais besoins humains et les limites planétaires (voir présentation).

Et l’aviation dans tout ça, par exemple?

Si on appliquait les critères de l’économie bagel à notre région, il deviendrait immédiatement évident que des activités extrêmement gourmandes en carburants fossiles, qui non seulement dépassent les limites planétaires mais en plus nuisent au bien-être des habitants de la planète, ne font plus aucun sens. Elles n’ont pas de place dans l’espace sûr et juste qui doit être réservé à l’humanité et autres espèces.

Le temps d’espoir et d’action

La fête Alternatiba est close le dimanche soir 7 octobre avec la lecture par deux jeunes d’un émouvant manifeste exprimant l’espoir en l’action.

« Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve ».

Join the discussion 2 Comments

  • Chaudieu Anne dit :

    Merci pour ce blog qui retrace Alternatiba ailleurs, tonique et allant de l’avant Réellement! il faudrait les inviter à Genève!

    • arag dit :

      Merci Anne. En fait le Tour Alternatiba est passé par Genève mi-août 2018, via Divonne et St-Genis. A Divonne nous avons rejoint une petite manif. contre le projet d’embouteillage de l’eau du Lac de Divonne, à débit d’un million de bouteilles/jour, qui impliquerait la construction d’une usine à bouteilles en plastique et 80 camions/jour pour le transport. Pensée primitive s’il y en avait! (Pétition ici)

      A St-Genis nous avons visité le site d’un projet d’encore un…. centre commercial aux bords d’une… zone humide. Rejeté par les instances locales, les promoteurs ont recouru aux instances nationales macroniques et obtenu le feu vert.

      Après nous avons pédalé jusqu’à la Place des Nations, Genève et fait une manif pour le climat en parcourant les quais, jusqu’au Parc des Cropettes et un Village Alternatiba.

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